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Type:Rider

 

Le jeu vidéo réserve de temps à autres de belles surprises. Alors que l’on croit avoir tout connu, un concepteur plus malin que les autres sort de l’ombre et présente son petit bijou. C’est ainsi que Type:Rider a tout récemment marqué au fer l’histoire du jeu vidéo et de la typographie.

 

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Développé par la société de production Ex Nihilo, Type:Rider est un jeu de plateforme dont le but est de faire découvrir l’histoire de la typographie depuis la préhistoire jusqu’à l’apparition du pixel. Imaginé en 2008 par le designer Cosmografik lors de la fin de ses études dans l’école des Gobelins, Type:Rider a rapidement intéressé des producteurs lors de sa présentation à « I Love Transmedia » au point d’être soutenu par Arte.

 

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Théo, alias Cosmografik, a accepté de nous parler un peu de son jeu :

– Peux-tu te présenter brièvement ? (nom, pseudo, parcours personnel, plutôt chien/chat ? )

Je m’appelle Théo Le Du Fuentes, ou Cosmografik pour ceux qui veulent me trouver sur le net. J’ai étudié l’imprimerie à l’école Estienne et le graphisme à l’école des Gobelins à Paris. et depuis j’ai travaillé en tant qu’ Interactive et Motion Designer en freelance.

 

– Il me semble que Type:Rider date de la fin de tes études aux Gobelins. Comment t’es venue l’idée de faire vivre deux points dans un univers au fond et à la forme dédiés à la typographie ?

C’est un prototype qui date de 2008 à Gobelins alors que je bidouillait un peu Flash et m’amusait avec un un jeu de moto simplifiée au maximum. La typographie était déjà présente à ce moment là.

J’ai gardé le projet dans un carton jusqu’à 2010 avec la première édition du ArtGameWeekEnd (http://artgameweekend.com/fr/) ou j’ai pu présenter le projet et en faire un prototype jouable en moins 48h.

L’aspect documentaire était déjà présent à cette époque, mais le projet n’avait pas vraiment évolué jusqu’à mon projet de fin d’année en Mastère IDE à Gobelins, ou nous avons monter une équipe d’étudiants autour de Type:Rider.

J’ai toujours aimé les jeux vidéo, en petite dose, et la typographie fait partie de mes outils de base en tant que graphiste et l’aspect documentaire me vient de ma passion pour l’Histoire en générale. Type:Rider est donc un gros mix de tout ce que j’aime faire dans la vie !

 

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– Comment passe-t-on d’un projet d’étudiant à une production soutenue par le CNC et Arte ?

Lors de cette dernière année d’étude, nous avons pu présenter notre projet lors d’ I Love Transmedia (http://ilovetransmedia.fr/), un evenement autour du Transmédia et qui permet à des étudiants de présenter leurs projet à des professionnels. C’est à cette occasion qu’il a tapé dans l’œil d’Arte et de Marianne Levy Leblond. A partir de là, j’ai proposé le projet à Arnaud Colinart d’Agat Films qui était partant, et Type:Rider avait enfin un producteur et un diffuseur. Un mois après nous signions la convention de développement et un an après, nous partions en production. Tout ça a nécessité beaucoup de travail pour préparer le dossier d’aide au CNC, mais Arnaud et Charles ont bien réussit le coup.

 

– Quelles ont été les plus grosses contraintes de production ? Les meilleurs moments ?

Un grosse contrainte qu’Arnaud et Landia (son assistante) on eu a affronter était celle des droits des archives (il y a plus de 60 archives originales dans le jeu) ainsi que les droits des polices utilisées. Nous avons noué des partenariats avec Monotype et plusieurs fonds d’archives, et ce travail nous a vraiment permis de nous focus seulement sur le travail de création et de ne pas nous préoccuper des aspects juridiques.

Je crois que les meilleurs moments sont les pots de fin de semaines, à la fin de chaque étape du projet. Il y a eu aussi le moment de la sortie du 10 octobre, où tout est allé très très vite. Les commentaires et les critiques qui arrivent une part une, les articles sur des sites de plus en plus gros… c’est une expérience que je ne vivrai certainement qu’une fois dans la vie !

 

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– Quelle est la cible de Type:Rider ? Penses-tu que les joueurs prennent le temps de lire l’histoire de la typographie débloquée au fur et à mesure, ou bien se laissent-ils porter sans interruption dans ce voyage au pays des fontes ? La gamification d’un enseignement aussi complexe que celui de la typographie est-elle productive ?

Il y a plusieurs styles de jeu, certains s’arrêtent pour lire l’astérisques qu’ils viennent d’attraper et continuent de jouer, d’autres lisent l’ensemble du livre une fois le niveau terminé, ce qui permet d’avoir une lecture plus agréable et sans interruption. Nous avons des retours qui disent que nous aurions du mieux intégrer les textes dans le jeu, comme si on avait des bulles de texte dans le niveau, mais d’autres joueurs ont apprécié de ne pas être obligé de voir ces informations, et surtout de choisir le moment adéquat pour passer en mode lecture. C’était une question importante, mais pas essentielle car Type:Rider est avant tout un jeu !

Type:Rider n’est pas un cours de mise en page, qui vous apprend ce qu’est l’interlettrage ou le jambage d’une lettre, non. Le métier de typographe nécessite de longues années d’études et Type:Rider raconte l’histoire de la typographe, et n’essaye pas d’apprendre le métier de typographe à des joueurs qui veulent simplement se laisser porter par une histoire riche et intéressante. J’espère par contre que Type:Rider sera utilisé pour apprendre l’histoire de la typographe, comme le ferai un livre ou un documentaire.

 

– Quel est ton niveau préféré, et pourquoi ? Est-ce ta police préférée ?

J’aime beaucoup Futura, c’est un niveau qui ne ressemble pas aux autres. Il est chaotique, déstructuré et on ne comprend pas bien ce qu’il se passe, un peu comme l’Art moderne à cette époque ! Sinon, j’utilise régulièrement la Futura Condensed, elle est simple, efficace et très bien dessinée.

 

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– Nombreux parmi ceux qui ont parlé de Type:Rider sur les réseaux sociaux l’ont comparé à Limbo. Comment le prends-tu ? L’esthétisme de ce jeu t’a-t-il effectivement inspiré ?

Type:Rider existe depuis 2008, sous la forme de deux points en silhouette qui avancent sur des lettres noires. Lorsque j’ai vu Limbo en 2012, j’ai vraiment été bluffé par sa réalisation graphique et sonore. Il m’a permis de mettre un doigt sur ce que je voulais faire avec Type:Rider : un jeu d’exploration, dans un univers inconnu, sobre mais détaillé. Le style en ombre chinoise existe depuis bien longtemps, Limbo n’a rien inventé, et il existe beaucoup de jeu utilisant cette astuce graphique mais il a surtout permis d’ouvrir une brèche dans le mode des jeux vidéo, par laquelle des titres comme Badland et Type:Rider ont pu s’engouffrer. Nous lui avons donc fait une petite dédicace dans le niveau Times, le seul niveau entièrement en noir et blanc, avec un passage inspiré du fameux  » HOTEL  » de Limbo.

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– D’autres projets pour la suite ?

Oui, je travail sur d’autres projets, ou je cherche toujours a hybrider les genre, mais pour le moment je me charge de porter Type:Rider le plus loin possible, j’attend encore quelques temps avant de passer à autre chose.

Vous pouvez jeter un œil a mes anciens projets sur cosmografik.fr et me suivre sur twitter (@Cosmografik) si vous voulez savoir ce que je prépare !

Merci pour cet interview !

 

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Je suis un Type Rider convaincu !

 

Pour ma part, j’ai beaucoup aimé jouer à Type:Rider. Dans ce jeu de plateforme au gameplay emprunté aux jeux de moto comme Trials et renforcé avec des mini énigmes, le joueur incarne le caractère « : » et parcourt l’histoire de la typographie. Pour ce faire, il lui suffit d’incliner sa tablette ou son mobile, ou bien d’appuyer sur les bords de l’écran pour faire bouger et sauter les « : ». C’est simple et cependant exigeant à la fois pour passer certains obstacles.

C’est d’autant plus plaisant à jouer que sa direction artistique est magistrale. Type:Rider offre aux joueurs un univers graphique d’un contraste pur et saisissant ainsi que d’une lisibilité absolue. Mais il n’en est pas simpliste pour autant en raison de la présence de nombreux visuels qui habillent le background de manière subtile.

 

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Néanmoins, l’équipe de Type:Rider a tenu à ce que leur jeu ne soit pas pollué par « l’intrusion » de l’histoire de la typographie. En effet, chaque niveau est représentée et représente une police de caractère particulièrement célèbre. Même sans être graphiste, le joueur a forcément entendu parler de Times, Garamond, Helvetica… Et c’est là toute la force de Type:Rider. L’histoire de la typographie est présentée simplement et petit à petit en collectant des astérisques disséminés dans les niveaux. Au joueur de choisir s’il souhaite en lire le contenu immédiatement ou bien de continuer à jouer pour s’y pencher plus tard.

 

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Chaque niveau possède son identité graphique propre à la police associée. Type:Rider évite ainsi l’écueil de la répétitivité en surprenant constamment le joueur. Pour ma part, les niveaux les plus intéressants à la fois graphiquement et dans leur gameplay sont ceux des police Clarendon (Univers Far West), Helvetica (Vive la Suisse Enneigée) et Pixel. Mais tous les niveaux sont vraiment plaisants à découvrir et permettent au joueur de s’imprégner d’un peu de culture typo/graphique. Allez donc vous perdre dans le monde merveilleusement géométrique de la Futura ! Et une fois le jeu terminé, ragez sur le niveau bonus ! >:D

 

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Type:Rider est donc une petite merveille à découvrir d’urgence même si pour vous le graphisme et la typographie ne sont pas vos centres d’intérêt premiers. Ce jeu n’en reste pas moins un excellent divertissement. Dernier ovni du jeu vidéo, il n’est pas moins un excellent représentant de l’intelligence que ce média peut transporter. D’ailleurs la critique est excellente à son sujet au point qu’il est nominé ( et même finaliste a même remporté le prix de la cohérence artistique pour soin univers original !) au sein de festivals comme l’EIGD. Je lui souhaite bonne chance 🙂 Et un grand merci à @Cosmografik d’avoir répondu à cette interview.

 

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Difficile de noter un jeu aussi particulier mais au fur et à mesure du jeu on parvient presque à considérer les « : » comme de vrais personnages vivants tant leur animation est excellente ! Pour vous faire votre propre avis et profiter d’un beau voyage, Type:Rider est disponible sur le Play Store ainsi que sur l’App Store pour un peu plus de deux euros. Ça vaut franchement le coup !

 

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Pour les plus curieux d’entre vous, un making of a été publié par Cosmografik :